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Aujourd’hui, je vous présente le témoignage de Marjorie qui a vécu au Canada, à Toronto, pendant 10 ans. Elle y a eu ses deux enfants.

De difficultés en rebondissements, Marjorie nous raconte ses « aventures » (je crois qu’avec ce qu’elle a vécu, il est possible d’employer ce mot). En effet, bien qu’elle parle anglais, elle a rencontré des problèmes de compréhension, de différences culturelles, etc. alors qu’elle était parfois en situation de détresse.

Je vous mets cependant en garde, car il y a des passages un peu sensibles, Marjorie n’y va pas par 4 chemins quand elle raconte ce qu’elle a vécu.

Prenez le temps de vous poser pour écouter le témoignage de Marjorie dans la vidéo ci-dessous. Personnellement, je n’ai pas vu le temps passer !

Vous pouvez retrouver le podcast de Marjorie en cliquant sur le lien suivant :

ex-expat le podcast

Retrouvez le texte du témoignage ci-dessous

Bonjour, je suis Carine Flutte, je suis psychologue. Aujourd’hui, je suis avec Marjorie. Bonjour Marjorie.

Bonjour,

Merci d’avoir accepté de témoigner. Je vais te laisser te présenter.

Oui, alors, je suis Marjorie, j’ai presque 45 ans, je suis journaliste, j’ai vécu 10 ans au Canada où j’ai été chroniqueuse culturelle à Radio Canada, on est revenu avec toute la petite famille dont mes deux enfants, qui sont nés au Canada, à Toronto, il y a 3 ans, à Paris, en France. Et le retour n’a pas été facile, pas pour mes enfants, mais plutôt pour moi, je ne suis pas rentrée dans le pays dans lequel je croyais rentrer, c’est à dire mon pays, c’est-à-dire que j’ai fait une deuxième expatriation, et du coup, ça m’a fait réfléchir sur le sujet et j’en ai fait un podcast qui s’appelle ex-expat le podcast.

Oui, j’ai vu ça, ça a l’air super intéressant. Je pense que si je devais rentrer en France, je l’écouterais avec attention.

Et si jamais s’il y a des gens qui se posent des questions qui nous regardent qu’ils aillent voir, qu’ils aillent écouter surtout parce que ça peut vraiment aider, ce n’est pas toujours aussi évident qu’on ne le pense.

Donc tu es restée expatriée pendant 10 ans au Canada ? Quand même une longue période, et tu as vécu tes grossesses là-bas.

En fait, on a fait un bébé tout de suite en arrivant, pour quelle raison, je ne sais pas, peut être que le Canada est un endroit particulièrement fertile, cela dit, c’est vrai qu’il fait très froid donc on a besoin de se réchauffer. Et donc à peine arrivés, donc en septembre 2006, que j’étais enceinte en décembre 2006. Et donc mon premier enfant, mon fils est né, l’année suivante, en septembre 2007.

Et du coup, tu as vécu 2 grossesses ?

C’est ça, la deuxième, c’était 4,5 ans plus tard, en 2012, là curieusement, j’ai mis beaucoup plus longtemps à tomber enceinte, 8 mois, on était au point d’abandonner. Je sais qu’il y a beaucoup de mamans qui mettent beaucoup plus longtemps que 8 mois pour en faire un, mais moi, je trouvais que 8 mois ça commençait à faire long.

Quand on attend, c’est…

Voilà, c’est ça, finalement elle est arrivée comme un petit ange et d’ailleurs, elle m’a beaucoup aidée psychologiquement parce que j’avais beaucoup de mal en fait, à m’insérer à la vie canadienne, pourtant, j’avais trouvé un boulot en 4 mois, enfin, tout était censé aller bien, mais j’étais en transit en fait, j’attendais de rentrer en France pendant des années et ma louloute m’a permis de me dire : « Bon ben, ça suffit maintenant, va falloir se poser. » Alors j’en suis désolée pour fils, qu’évidemment, j’adore aussi hein, ce n’est pas de sa faute le pauvre, mais elle, elle m’a vraiment aidé à me poser plus dans la vie canadienne. J’en suis d’ailleurs devenue canadienne, puisque j’ai pris la nationalité deux ans après je crois, un truc comme ça, et puis finalement, on est quand même rentrés en France et je ne le regrette pas du tout, malgré les difficultés.

D’accord, et là quand tu as appris que tu étais enceinte, qu’est-ce que tu as ressenti ? Est-ce que tu t’attendais à quelque chose en particulier ? Enfin, tu as vécu deux grossesses, peut être que c’était différent pour la 1ère fois et pour la seconde fois.

Oui, c’était très différent. Et à la fois similaire. C’est-à-dire que la première fois, comme je venais d’arriver au Canada, je n’avais pas trop d’idée de comment ça ben, déjà, je ne savais pas ce que c’était d’être enceinte et je n’avais surtout pas trop d’idée de comment ça marchait d’un point de vue médical là-bas. D’abord, je crois que je n’avais même pas la sécu canadienne à ce moment-là donc c’était difficile de me faire suivre, puisqu’il faut attendre 3 mois, c’est un peu comme les 3 mois de carence de la sécu ici. Moi j’étais mariée à un Canadien, résidente permanente, donc euh les papiers étaient en train de se faire, et du coup, je suis rentrée en France, au bout d’un mois de grossesse et je suis allée faire une échographie pour être sûre que tout allait bien et, j’espère que mes enfants ne regarderont jamais cette vidéo, mais en fait, j’avais des jumeaux. Et là où je dis qu’il y avait une similarité avec ma fille, c’est que j’avais aussi des jumeaux pour ma fille, et que les deux fois en fait, j’ai perdu le deuxième embryon.

Donc, avec mon fils, c’était vraiment au bout d’un mois. J’ai fait cette échographie et le deuxième cœur, clairement, était en train de lâcher. C’était pas du tout le même rythme. Alors évidemment, ça fait un drôle d’effet, mais je n’ai pas été non plus… j’ai été choquée d’avoir deux bébés, enfin pas deux bébés pardon, deux embryons, mais euh en même temps, voilà c’est la vie et surtout, l’échographiste m’a dit, mais ne vous inquiétez pas, c’est pour ça qu’on ne fait pas beaucoup d’échographies, on évite les échographies avant 3 mois parce que ça arrive beaucoup plus souvent que vous ne le pensez d’avoir deux embryons, enfin 2 graines quoi.

Donc ça, c’est quand même un petit coup dur pour la première grossesse, surtout que la deuxième moi en fait, je l’ai appris au bout de 3 mois et j’ai cru que je faisais une fausse-couche de ce deuxième embryon que je perdais. Donc là, ça a été encore plus choquant parce que voilà, c’était comme une fausse-couche, mais d’un seul bébé. Et ça, c’est un peu plus… 3 mois, en plus j’étais dans un moment avec mon travail où ça n’allait pas, donc je pense que je stressais, etc. donc j’ai cru que je faisais une fausse-couche qui m’a foutu un coup.

Bref, tout ça pour dire qu’avec le 1er, après cet épisode-là, j’allais pas tous les mois revenir faire une échographie en France parce que ça aurait coûté un petit peu cher et comme je venais finalement d’avoir la sécu et bien, j’ai pris un obstétricien qu’on m’a conseillé, puisque mes beaux-parents étaient à l’époque dans le milieu médical canadien, et du coup, ce monsieur m’a suivi jusqu’à la fin de ma grossesse.

Voilà, et puis après… je m’arrête là parce que vous allez voir que cet obstétricien après, j’aurais pu porter plainte contre lui sur la deuxième grossesse mais je raconterais ça après.

D’accord, donc du coup, là quand même au niveau émotionnel, ça fait traverser pas mal de choses, entre l’expatriation, quand on vient d’arriver en plus dans un pays, le fait de ne pas avoir de suivi au départ… possible en fait dans …

Ben pas vraiment possible, je pense que j’aurais pu, mais il suffisait de payer, après il faut choisir, la santé, ma santé, la santé de mon enfant sont plus importantes que de ne pas payer, enfin, vous voyez, donc si je le décidais… mais comme je savais que j’allais en France, j’ai fait cette échographie assez rapidement, donc tant mieux, je me sentais en confiance puisque j’étais dans mon pays et qu’on m’expliquait les choses comme il faut. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’à Toronto, malgré le fait que c’est pas censé être bilingue, mais qu’il y a des services en français, c’est beaucoup en anglais quand même. Là j’arrivais, je vous avoue que je ne parlais pas aussi bien que maintenant, même si je parlais pas mal, mais c’est un peu compliqué de dire, j’ai mal, enfin, c’est compliqué donc euh..

Souvent, c’est le vocabulaire médical qui est… qu’on n’emploie pas au quotidien.

Et puis surtout en fait, on apprend des choses au fur et à mesure, c’est-à-dire que pratiquement à la fin de la grossesse, j’ai appris qu’on n’avait pas le même nombre de semaines d’aménorrhées, au Canada et en France. Et donc mon fils est né avec 10 jours de retard. Et quand je dis ça en France, on me dit « 10 jours !!! Quelle horreur », en fait non ! Il n’avait pas 10 jours de retard, il en avait 3 ou 4, mais comme on a une semaine de moins ou de plus, je ne sais plus, d’aménorrhées au Canada.

En fait en France, il y a 41 semaines d’aménorrhées et dans les autres pays du monde, je pense que, je ne suis pas sûre qu’il n’y ait que la France, mais je pense qu’il n’y a que la France qui fait ça, les 41 semaines d’aménorrhées, les autres pays, c’est 40 semaines d’aménorrhées. D’après ce que j’ai compris.

Moi, je me suis retrouvée avec un bébé qui avait 10 jours de trop, mais dans le pays dans lequel j’étais. Donc on l’a « induced », je le sais toujours en anglais mais jamais en français.

On a… du coup, j’ai perdu le mot, déclenché le travail.

Déclenché ! C’est ça le mot ! On a déclenché ! Et donc, mais effectivement, pas mal d’émotions qui surtout, en fait, avec le recul maintenant, je sais que non seulement, je faisais une petite déprime. Alors je ne suis pas du genre déprimé, je suppose que ça se voit, mais en fait, je ne comprenais pas dans quel pays j’étais, je ne savais pas ce que je faisais là, je n’avais pas envie d’être là, donc c’était un peu… je… ça ne m’est pratiquement jamais arrivé, mais j’en étais à un point vous savez, quand vous vous mettez à pleurer pour rien, ou que vous regardez dans le vide, donc c’était pas cool et après, je me suis rendue compte que j’ai fait aussi un baby-blues après, après la naissance, qui a été un peu long.

Les hormones de grossesse, souvent, on est plus sensible pendant la grossesse, on a tendance à pleurer plus facilement, des choses nous touchent plus facilement et après la naissance, les hormones chutent ce qui peut induire un baby-blues.

Je me souviens que quand il est né, après, parce qu’au Canada, on reste 2 jours à l’hôpital, voire un, vous rentrez, vous comprenez rien de ce qui se passe, c’est trop rapide à mon avis. C’est vrai que ça libère des lits m’enfin, c’est beaucoup trop rapide. Quand j’avais mes copines qui pendant ce temps-là, restaient 3-4 jours, j’étais un peu déprimée.

Et après, je me souviens, il y avait une émission à la télé canadienne, sur une chaîne privée, d’accouchement et n’importe quoi, c’est maintenant que je me dis : « Pourquoi je regardais ces trucs-là ? » Et donc, c’était un truc américain. Ils suivent l’évolution de la grossesse et puis hop on va à l’hôpital et le bébé né et je pleurais comme une madeleine, avec mon bébé, je ne savais pas quoi en faire parce que pour moi, j’étais et jeune et novice et tout ce que vous voulez, et je pleurais devant ce truc-là et maintenant, je me dis, mais n’importe quoi !

Et c’est drôle parce qu’on n’avait pas beaucoup d’aide, en fait, je ne savais pas qu’il fallait prendre une sage-femme. Après, j’ai essayé d’en prendre une pour ma deuxième et puis je n’ai pas réussi. Toutes mes copines ont commencé à m’expliquer qu’avec une sage-femme ça se serait super bien passé, alors que ma propre belle-mère est « nurse », elle a accouché, elle m’a jamais dit qu’il fallait que je prenne une sage-femme. Enfin j’ai tout fait comme il ne fallait pas quoi.

Il y avait aussi des difficultés à avoir toutes les informations peut-être.

Je pense, je pense, c’est comme tout, c’est comme quand je parle de mon histoire de podcast où je parle du retour pour aider et je donne des services aux gens pour les aider à rentrer. Le gros problème, c’est qu’on ne se prépare pas assez, sur rien.

Je ne m’étais pas préparée à partir, je ne me suis pas préparée à être enceinte, je ne me suis pas préparée à accoucher, je ne me suis pas préparée à faire un enfant, enfin, c’est comme les gens qui rentrent en France et qui ne se préparent pas à rentrer en France et qui se prennent une baffe parce qu’en fait voilà. Et voilà, le manque d’informations en se disant : « Oh ça va aller ! » C’est souvent un problème.

Et le baby-blues a duré longtemps ?

Ben en fait, le gros problème, c’est aussi que… alors, il y a eu plusieurs choses :

D’abord, le fait que mon fils, il est sorti tard, j’avais pris 20 kg, j’ai pris 20 kg pour les deux enfants, je les ai perdus presque immédiatement, j’étais une baleine, j’étais énorme. C’était pas énorme de grosseur, mais je prenais trop de place pour moi-même. Et il est sorti 17 h, c’était l’enfer, évidemment péridurale, mais quand même. Et le problème à la naissance, c’est que je me suis trop servie de la péridurale avant, puisque que ça durait des années et que la nurse quand j’ai accouché m’a dit : « Ben non on ne peut plus s’en servir, vous êtes trop « numbed », vous êtes trop euh… vos jambes réagissent plus, vous ne pouvez pas pousser, donc poussez sans. » Donc, finalement, j’avais une péridurale dans la moelle épinière pour rien depuis des heures. Donc, déjà, j’étais un peu énervée. Après, il a mis un temps à sortir hallucinant et finalement mon placenta est resté coincé à l’intérieur, bon, je ne donne pas les détails.
Tout ça pour me dire après, ma belle-mère me dit elle n’aurait jamais dû faire ça, t’aurais dû pouvoir le faire avec ta péridurale sans problème. Encore un problème de communication, d’anglais, de pas la même culture, de voilà hein, c’est difficile.
Donc ça, ça m’a aussi complètement, euh…bon… et plus enfin, et ça j’espère aussi que ma belle-mère ne regardera jamais cette vidéo, elle m’a piqué mon fils pendant deux ans. Sûrement qu’il lui rappeler son propre fils puisqu’ils se ressemblent beaucoup. Et alors ça, ça a été la goutte qui a fait déborder le vase, c’est-à-dire que c’était son fils. Et donc finalement mon fils, les deux premières années, on n’a pas été hyper proche. Parce que, entre mon baby-blues, le fait que j’étais en expatriation, le fait que j’ai pas ma famille à moi, le fait que cette femme me prenne mon fils, c’était…

Donc je pense qu’un jour, je ne sais pas comment j’ai fait, je ne me souviens plus, mais j’ai pété un plomb, mais gentiment sans colère ni rien, mais j’ai mis le holà à tout ce bordel… pardon… et j’ai récupéré mon fils et après tout allait bien.

C’est un début difficile quand même…

Chaotique !

Oui chaotique, difficile…

Ouais, mais c’est marrant parce qu’avec les années, je me rends compte à quel point, on est hyper proche avec mon fils en fait. J’ai l’impression que j’ai tellement donné pour essayer qu’on soit proche, qu’on soit une maman et un enfant, que du coup, peut être que tout ça, toute cette difficulté du départ, a permis à ce qu’on soit vraiment un peu cul et chemise quand même hein.

Non mais c’est marrant, du coup, je suis fière de lui et de moi parce qu’on a réussi tous les deux à faire que l’on s’aime et qu’on est hyper proche et que c’est bien.

C’est vraiment difficile et peut-être que tu ne pensais pas que ça irait comme ça.

Non, ouais, c’est ça, c’est que je me disais, comment je vais faire pour récupérer cet amour qui est inné et faire qu’il grandisse et qu’il se passe bien.

En tout cas tout ça pour dire qu’au bout du compte, le suivi et de la grossesse et la naissance, c’était pas toujours parfait, mais ça allait. Attendez de connaître la deuxième grossesse.
Alors là, l’enfer ! A moins que tu aies une question à me poser une question sur la première grossesse ?

Vas-y, vas-y, raconte-nous !

Donc là, l’enfer ! La deuxième grossesse, donc déjà au bout de ces 3 mois, à cause du boulot qui me stressait, où je me suis fait presque renvoyer. Enfin, ils ne pouvaient pas me virer, je suis partie en fait parce que je n’en pouvais plus, qui m’a stressée, donc, j’ai cru que je faisais une fausse-couche, je vous en ai parlé tout à l’heure. Finalement, ma fille s’accroche. Et en plus, je savais que c’était une fille, je disais : « Allez, accroche-toi ma belle ! » Bizarre, hein, alors que je ne savais pas hein, je l’ai su 2 mois après, au moment normal de savoir si c’est un garçon ou une fille.

Je me souviens aussi, j’avais une copine qui m’avait dit « Oh lala lala, je voulais tellement une fille, et puis quand j’ai vu que c’était un garçon, j’ai pleuré et tout. » Et moi, je me disais, mais il ne faudra sûrement pas, il ne faudra surtout pas être comme ça, parce que ça veut dire un peu déjà un rejet psychologique, c’est débile. Mais quand même, quand je suis arrivée à l’échographie et qu’on m’a dit que c’était une fille, j’en ai pleuré, j’étais tellement contente. Mais je ne sais pas pourquoi hein, alors que, peu importe, enfin, j’étais contente d’avoir un garçon et une fille, mais ça aurait été un garçon, bon voilà, c’est la vie.

Bref… donc, on finit… la grossesse se passe bien, pareil, je prends mes 20 voire 25 kg, n’importe quoi, et pourtant je ne mangeais pas beaucoup.

Non mais c’est ça, je pense que j’étais faite comme ça, et puis, là, contrairement à mon fils… ah si, si, elle avait aussi 10 jours de retard. Ah oui, sans oublier quand même tout à l’heure, ce que je ne vous ai pas dit sur la naissance de mon fils, c’est qu’il faisait quand même 4,062 kg à la sortie. Et 56 cm, enfin un géant, c’est pour ça qu’il a eu du mal aussi à sortir. Donc, c’est peut-être aussi pour ça que j’étais énorme, c’est qu’en fait, c’était des vraiment gros bébés, et je pense que c’était ça les kg que j’avais parce que quand je les ai reperdus…

Et là, elle avait aussi 10 jours de retard, et on avait prévu de la déclencher, merci, quelque chose comme le 3 février. Or, ma belle-mère, elle revient encore dans l’histoire, est né un, je crois, 5 février, 4 ou 5 février, je ne sais plus. Et moi, j’étais là, « no way » que ma fille va naître le même jour que ma belle-mère, elle va encore me piquer mon enfant, c’est hors de question. Donc je vais vite chez l’obstétricien, en lui disant : « Déclenchez-moi, c’est pas possible. » Il me dit : « Ok, 3 févier. » Très bien.

Le 2 février, on mange, tout ça, mes parents étaient là, mais je leur avais offert un spectacle, comme ça justement le jour d’avant. Je m’assois et j’entends un énorme crrrrrrrr et là, je me dis : »Aaaahhh j’ai tué mon bébé !! » Puisque que je ne savais pas ce que c’était de perdre ses eaux moi, puisque j’avais été provoquée la dernière fois. Et là, je fais : « Ah, je lui ai cassé le coup » enfin n’importe quoi, je pars dans des délires.

Et là, en fait, les contractions arrivent, mais en très, très peu de temps. Évidemment, mes parents ne répondent pas parce qu’ils ont un téléphone français, ils sont au théâtre, mais c’est pas vrai ! Heureusement, j’ai une copine qui arrive, parce qu’il fallait garder mon fils qui dormait lui, qui avait 4 ans et demi. Et mon mari voulait m’accompagner vu que je souffrais déjà le martyre, comme je ne savais pas trop ce que c’était réellement que des vrais contractions.

Là, taxi, on part, j’arrive, hop dans un siège roulant, j’étais en train de crever et là, on me dit : « il faut y aller, est-ce que vous voulez la péridurale ? » J’ai dit bah oui, il restait peu de temps semble-t-il. Donc hop, ils me font quand même la péridurale, ce qui est rare quand les contractions sont aussi avancées. Et là, en 2 h, elle est sortie.

J’allais dire, ça avait l’air d’être un travail très rapide quand même.

Hyper rapide ! Mais c’est souvent, enfin d’après ce que j’ai compris, quand le premier a été très long, le 2ème est souvent très réactif. Et là, super ! Hyper heureuse, tout le monde : « Ah la bébé, machin, ah c’est super ! » J’appelle ma mère, je vais pouvoir rentrer, c’est même pas la peine que je reste bon… Ah oui, il y avait quand même eu entre temps, une sage-femme qui était venue m’enlever un bout de placenta qui était encore pas sorti.

D’accord.

Vous allez voir ! Parce que ça c’était pas bien enlevé, il manquait un bout de steak quoi !

D’accord, il manquait un morceau de placenta donc elle est revenue…

Elle est revenue chercher… Bon… finalement, comme la première fois mais là c’était un morceau.

Donc moi, super contente, tout est fini, je m’endors, mon mari me dit : « Je vais aller faire un tour. »
Ah oui alors, énorme bébé encore là, 4,200 kg, non mais, il me dit 58 cm, non là c’est pas possible. En plus, ils disaient n’importe quoi, je pense qu’elle faisait 54 ou j’ai jamais su vraiment.

Et là donc, mon mari vient me voir en me disant : « Ecoute, je laisse notre enfant, je vais chercher quelque chose à manger » et là, il me regarde, j’étais blafarde et j’étais couverte de sang.

Oui, ça faisait une hémorragie.

En fait, j’ai fait une hémorragie.

Donc là, branle bas de combat, on vient me mettre des trucs. En fait, je faisais une hémorragie parce qu’il restait un morceau de placenta encore dans l’utérus. Parce qu’il semblerait que certaines femmes comme moi, ont un utérus en forme, comme de bouteille, le placenta reste coincé dans le petit haut et qui en plus, il ne sort pas facilement.

Et là donc, branle bas de combat, je perds… enfin, mon taux d’hémoglobine était ultra bas, je peux pas allaiter ma fille. Du coup, je ne sais pas pourquoi, comme j’avais dit que je voulais allaiter ma fille, ils décident de ne pas lui donner de biberon, l’hôpital. Et puis moi comme je comprenais rien, j’étais ailleurs, ils ont laissé mon mari avec son bébé hurler tous les 1/4 d’h, personne n’est venu donner à manger à ma fille, non mais j’hallucinais. Donc, finalement, quand je retrouve un peu d’énergie, je l’allaite et là, ils me disent, il faut que vous restiez un peu, vous n’êtes pas bien. Je garde ma fille, on reste 2 jours, mais 2 jours hein ! J’étais à 84 d’hémoglobine. Ils me disent : « Ah, c’est bon allez, merci au revoir, barrez-vous. »

Là pendant 10 jours, l’enfer, j’ai vécu l’enfer, j’étais pas bien. Je vais voir mon obstétricien, il n’est pas là. J’en vois une autre qui me dit : « Non, moi, je ne vois pas, je ne vois pas ce qui se passe. » Non mais il y a un truc qui ne va pas, c’est pas normal. Heureusement, ma mère était là. Et là, finalement, vraiment, il y a quelque chose qui ne va pas. Je vais chez le médecin généraliste puisque mon obstétricien ne s’occupait pas de moi, il avait autre chose à faire de plus important. Et là, il me dit : « Ben non, je ne vois pas, m’enfin si… je suis désolée, je vais dans les détails… si ça commence à sentir mauvais. » Bon, je sors de chez ce docteur, je vais aux toilettes et là, je me dis : « Mais oui, ça sent mauvais oui, effectivement, tout d’un coup. » Je prends ma fille, ma mère, on prend le tramway, je descends du tramway et là, je ne sais pas combien de litres de sang sur le trottoir, non mais sur le trottoir.

Je prends un taxi, je vais aux urgences et donc un autre hôpital que le premier puisqu’ils m’ont laissé comme ça là : « Ouais, on s’en fout, débrouillez-vous », donc je vais à un autre hôpital. Là, mon mari prend ma fille, et comme il n’avait pas assez de lait, je ne sais pas quoi, il passe, donc qui avait déjà 10 jours ma fille, il passe la nuit à ne pas la nourrir, de nouveau, et à essayer de l’endormir, l’enfer. Moi je me retrouve avec ma mère avec des morceaux de steaks comme ça à montrer aux infirmières pour leur dire : « Regarder, il y a quelque chose qui ne va pas. » Elles les jettent, elles s’en foutent parce qu’elles doivent connaître, elles doivent savoir ce que c’est.

La gynéco arrive, elle me dit : « Vous avez sûrement encore du placenta. » On attend une heure et demi du matin pour faire une échographie, parce que figurez-vous qu’à Toronto, dans une ville de 3 millions et demi d’habitants, il y a une échographiste qui vient d’Europe de l’Est pour 3 hôpitaux. 3 hôpitaux ! Non mais… je vous jure, cette nuit-là, j’ai eu l’impression d’être dans le quart monde ! Sincèrement ! Là, finalement, on m’emmène, on me dit : « ben oui, ça va pas machin. »

Ah oui, on me met avec les enfants prématurés. Enfin dans une chambre où il y avait 3 bébés prématurés, 3 mamans et moi. Et là, j’avais toujours pas vu ma fille, moi hein, toujours pas vu l’obstétricien. Le gars, il n’était plus là. Finalement, on me change de chambre, parce que je n’étais pas du tout dans le monde où je devais être et là… hé ben on a dû me faire un curetage.

Et là, j’ai fait une très, très mauvaise réaction, j’ai… ma mère a cru que je crevais, je suis sortie de ce truc-là. Où d’abord déjà pour m’endormir, j’avais un anesthésiste qui était Russe. Évidemment, je suis hyper contente que tout le monde puisse avoir un job. Au contraire, le Canada, c’est vraiment fait pour ça, c’est l’immigration, c’est génial. Mais quand vous êtes dans mon état et que vous ne comprenez pas ce que l’anesthésiste est en train de vous dire ou presque, c’est hyper compliqué quand même. J’allais pas lui dire, donnez moi quelqu’un que je comprends, parce que moi non plus, je ne parlais pas bien, donc entre deux immigrants, c’est souvent le problème. Un immigrant et un immigrant ont du mal à se comprendre à cause de l’accent. Alors qu’un Canadien pure souche avec un Russe, ils vont arriver à…

Vous voyez à quel point aussi, ça peut être compliqué l’expatriation, au niveau des langues, au niveau de la culture, au niveau de tout ça… Mais bon, il ne m’a pas fait mourir le monsieur.

Et dans une situation où on est en détresse.

C’est ça, c’est ça. D’ailleurs, je vais faire un épisode dans mon podcast sur ce côté de détresse médicale pour les expatriés, parce que c’est pas toujours évident, mais au retour non plus parce qu’on ne comprend pas toujours ce qui se passe. On n’est pas toujours sûr aussi, finalement, le côté médical en France est aussi bon qu’on l’a vu ailleurs.

Bon, là, c’était pas mon cas pour moi, parce que c’était pas génial ce qui se passait au Canada. Bref, je sors de ce truc-là, du bloc, j’ai 40 de fièvre, ma mère panique, personne ne sait quoi faire. La seule qui sait, c’est moi en disant : « ben donnez moi… » à 3 secondes de tomber dans les pommes, j’ai dit : « ben donnez-moi un petit truc frais sur la tête. » Voilà, il suffisait de faire ça quand même. Vous avez 4 médecins, 12 infirmières, il n’y en a pas un qui réfléchit. Bref, je finis par sortir de ce truc.
Ah oui, non, ce qui était drôle aussi, c’est que, on me ramène ma fille. Mon mari me ramène ma fille pour que je l’allaite, pour qu’elle vive avec moi. Et là, je me baladais dans les couloirs, avec une gamine qui avait l’air d’un bébé. Tout le monde me regardait comme si j’étais un zombi. Parce que c’était pas normal d’avoir un bébé aussi grand, alors que j’étais dans l’aile de la maternité. Donc tout le monde était là : « elle a donné naissance à un monstre ! » Ca, c’était assez drôle. Et le truc qui était assez drôle aussi, c’était mon père, parce que je manquais de fer puisque que j’avais perdu tellement de sang, qui a fait le tour de Toronto pour trouver un steak et des épinards cuits et faits pour me l’amener assez rapidement. Donc il n’a pas eu le temps d’aller les cuire lui, mais il est allé dans un restaurant et il fallait que ce soit « to go. » Donc c’était la blague.

Voilà, enfin, au bout d’un moment, je suis rentrée, et là, pour finir, je suis finalement allée voir l’obstétricien, sur qui j’ai hurlé évidemment, en lui disant : « Vous m’avez totalement abandonnée, vous êtes un gros nase. » Mais entre-temps, j’avais vu sa collègue, ça, c’est énorme aussi. Je vais la voir, elle n’était pas capable de trouver mon dossier, donc c’est moi qui appelle l’hôpital pour qu’il me faxe mon dossier. Non mais vous voyez un peu le niveau-là… et on se plaint de la France. Mais cela dit, au Canada, c’est la même chose qu’ici, l’assurance médicale, même, c’est gratuit, vous allez chez le médecin, ça vous coûte zéro. Donc on ne va pas se plaindre de ça,mais quand même, il y a des moments où vous vous dites que c’est pas possible.

Et là, elle me dit, elle ouvre son dossier : « Bon, alors je suis désolée, vous avez pas eu votre bébé… » « Pardon ? Mais si, j’ai eu mon bébé, si ! » Elle me dit : « Ben, mais je vois que vous avez des tissus d’un embryon mort. » Et c’est là, en fait, ah oui, parce que je vous ai dit tout à l’heure que j’ai perdu au bout de 3 mois, mais moi, j’ai jamais su ce que c’était. J’ai cru que c’était une fausse-couche, mais que ça l’était pas et que c’était du sang. En fait, c’est là que j’ai appris que j’avais eu un jumeau ou une jumelle peu importe. Mais vous vous rendez compte ? Elle vous sort ça, comme ça… bref Donc, finalement, je suis allée… j‘ai revu cet obstétricien, tout le monde m’a dit : « tu devrais porter plainte, tu devrais porter plainte. » Moi, j’avais quand même autre chose à faire que de porter plainte contre un obstétricien, dans un pays que je ne connais pas. Enfin, où j’étais depuis longtemps, mais qui n’était pas mon pays. Donc j’ai abandonné.

Voilà !

 Rude quand même hein !

Ben, je vous avoue, et c’est des histoires longues et je donne tous les détails parce qu’il me semble que c’est quand même important de dire que ça peut arriver. Bien sûr qu’il y a plein de mamans qui vont vous dire, je suis sûre que vous allez avoir des réactions, enfin, tu vas avoir des réactions : « Ouais, n’importe quoi, le Canada, c’est génial, moi ça, c’est super bien passé. » Bien sûr !

Et heureusement qu’il y en a pour qui ça se passe bien !

Non mais heureusement ! Mais c’est comme la France quand on dit, « ouais, c’est nul » mais non, il y a des gens pour qui tout se passe bien, c’est comme ça. C’est la faute à pas de chance ou c’est moi qui ne me suis pas assez préparée, ou c’est que je suis mal tombée, enfin et que j’aurais dû avoir une sage-femme. Tout le monde m’avait dit de le faire et comme j’ai pas réussi à l’avoir au bout de 15 coups de fil, ben, j’ai abandonné, enfin voilà, oui, je ne me suis pas fait suivre assez bien, c’est de ma faute, mais ce n’est pas pour ça que je ne peux pas raconter le fait que ça ne s’est pas si bien passé que ça. Voilà.

Je connais comment les gens peuvent aussi paraître outrés par les histoires des autres, mais chacun son histoire.
J’allais dire de toute façon, chacun vit son histoire et puis, on ne vit pas l’histoire de l’autre, on est tous différent et on ne peut pas refaire l’histoire dans tous les cas.
Ca, je ne pourrais pas la refaire, ça, je l’ai vécu comme ça, je vous l’invente pas.

Je pense que de toute façon, on n’a pas forcément envie d’inventer ce genre d’histoire.

Non, j’aurais préféré que ça se passe bien. Par contre après derrière, mes enfants, ils sont en super santé, ils sont du cerveau au doigt de pied, tout va bien, ils évoluent super bien, leur intégration en France c’est très bien passée, même si, surtout mon fils, préférerait vivre au Canada puisque lui, il adorait, et moi aussi, ça me manque un peu. Mais à part ces moments difficiles, parce que c’est pas non plus toute la grossesse, les grossesses se sont plutôt bien passées, c’est plutôt les accouchements  Sinon je n’ai rien à critiquer au niveau pédiatrie etc, parce qu’ils ont été clean. Je n’ai jamais revu cet obstétricien qui m’a encore, en plus, pourri derrière ça avec une histoire de stérilet, enfin bon bref, il avait vraiment tout faux lui. Alors que c’était une pointure, attention hein, tout le monde disait que c’était le meilleur obstétricien de Toronto.

Pas pour tout le monde visiblement.

Non, pas pour moi.

Voilà, mes histoires.

Oui… difficile.

Oui, mais après, ça fait parti de notre… justement, de notre histoire, de notre façon de se forger, c’est peut-être d’ailleurs pour ça aujourd’hui que j’essaye d’aider les gens, pas sur les mêmes histoires, ou peut être que c’est pour ça aussi que toi, tu fais ça, c’est qu’à un moment donné on a vu que nous, on a été un peu bousculée, on n’a pas envie que ça arrive à tout le monde.

C’est ça, c’est ça… Et après, je pose la question comme ça, mais… est-ce que c’est quelque chose qui t’a perturbé pendant longtemps, qui a pu te hanter ou est-ce que tu as réussi à te détacher, à aller de l’avant ?

Comme je le raconte à beaucoup de gens, parce qu’il y a des femmes par exemple, alors je leur dis à chaque fois, attention, quand elles sont enceintes, attention, ça va être gore, ne te mets pas là-dedans, enfin… mon histoire, ça se passera sûrement pas comme ça pour toi et moi, je n’ai pas envie de te faire peur. Et il y a des filles qui m’ont dit surtout, ne me raconte pas ça. Mais je le raconte à des gens qui n’ont pas eu d’enfant, ou des gens qui sont trop vieux maintenant pour… donc c’est un moyen de… c‘est un exutoire, c’est un moyen de… et puis je me dis, c’est comme ça ! C’est la vie ! Du moment qu’ils sont en vie et qu’ils sont bien, je ne me sens pas… Alors, j’ai été un peu blessée physiquement, parce que du coup, là-bas, 7 points de suture la première fois enfin bon, et ça a été mal réparé. Des fois, les premières années, j’étais un peu : « Est-ce que je devrais faire de la chirurgie esthétique, etc. ? » Heureusement que j’ai un mari parfait, non pas parfait du tout, mais gentil, qui m’a dit : « Mais non, on s’en fout. » Mais c’est vrai que, et psychologiquement et physiquement, on est quand même marqué par ce genre de trucs. C’est marquant, deux fois des jumeaux, deux fois, un accouchement moyen, voire grave, on est marqué, c’est normal. Mais quand on voit nos enfants grandir et être heureux, et être bien, après, ça passe là quoi. Enfin, je suppose, mais peut-être, peut-être, que j’aurais peut-être dû aller voir quelqu’un, un psychologue ou quelque chose, parce que peut être qu’aujourd’hui en fait, certains effets de la vie que j’ai eus à Toronto, ne se sont pas résolus assez bien pour que ma vie en France se passe mieux qu’elle ne se passe. Je ne sais pas si je suis très claire.

Moi, j’ai réussi à comprendre. Après, je pense qu’allez voir un psychologue, un psychothérapeute, allez voir quelqu’un, il faut vraiment le sentir, parce que si on n’a pas envie d’y aller, dans tous les cas, on peut aller voir tous les personnes qu’on veut, ça n’aidera pas.

En tout cas pour ça, pour ces raisons-là, non. Là, comme à part mon podcast, j’ai aussi du boulot, mais, je ne me suis pas retrouvé un job fixe en tant que journaliste, là, j’ai envie d’aller voir une sorte de coach-psy pour me remettre sur les rails par rapport à ça parce que 3 ans ça fait long quand même, je trouve. Mais par rapport à mes accouchements, mes enfants, etc., non, je n’ai pas eu besoin, mais peut-être que je devrais, peut être que ça va me retomber sur la gueule dans quelques années, mais là, non.

Et peut-être pas du tout.

Et peut-être pas, voilà, ouais, je ne sais pas.

Moi, je pense, je serais en consultation, j’aurais plein, plein de choses à dire, ça me parle beaucoup, en étant en consultation, je vais m’arrêter là moi, mais, est-ce que tu aurais envie de rajouter quelque chose ?

Moi c’est ce que je disais dès le départ, c’est qu’il faut vraiment d’abord s’écouter, ça, c’est clair, quand on m’a dit de prendre une sage-femme, j’aurais dû aller plus loin et le faire au lieu de me dire : « Bon ben tant pis », ne pas se laisser indiquer des trucs, à la fois, c’est bien d’écouter les autres, mais ne pas se laisser dire : « Non, tu ne devrais pas faire ça parce que c’est nul », non si on a envie de faire quelque chose, on le fait. Je parle de ça parce que c’était par exemple, après le premier accouchement, j’avais du mal à allaiter mon fils et qu’on m’avait proposé qu’une sage-femme passe pour m’aider et que mon mari m’a dit : « Mais non, tu n’en as pas besoin. » Euh… si… » et je ne l’ai pas fait parce qu’il m’a dit ça. C’est débile, si vous avez envie de faire quelque chose, c’est votre enfant, c’est vous qui l’avez fait. Depuis, on a réglé des choses avec mon cher mari, parce que je lui ai dit que c’était débile de parler comme ça, mais vraiment, ne vous laissez pas influencer par les extérieurs alors que c’est votre enfant, c’est vous qui l’avez fait, c’est vous qui l’avez porté, vous savez ce dont vous avez besoin, vous le savez. Ça ne peut pas être autrement, c’est inné.

Et l’autre truc donc, de se préparer. De se préparer aux choses parce que tout va beaucoup plus vite qu’on ne croit. Essayer de faire des choses, ah oui, ça, c’était important aussi, c’est qu’on est très seule, voyez, j’avais rencontré beaucoup d’Africaines, surtout pendant mon congé maternité qui est quand même d’un an au Canada, c’est cool, on a le temps de faire plein de choses, mais on a le temps de s’embêter aussi, on a le temps de… on a le temps de déprimer, on a le temps de ne rien comprendre de ce qui se passe. Et j’avais rencontré des Africaines qui disaient : « Mais qu’est-ce que c’est que ce pays ? Quand on est en Afrique, on a toutes les mamans, les grand-mères, les mères… qui viennent nous voir, il y a la tribu autour. » Là, c’est vrai je regardais, les mamans étaient toutes seules dans un coin avec leur bébé, comme si c’était des pestiférées. Donc pour la deuxième naissance, et comme j’étais obligée de retourner au travail au bout d’un moment, j’ai proposé d’aller faire un cours de sport, donc c’était une de mes chroniques, un cours de sport maman-bébé.

Et j’ai adoré ! Du coup, le reportage derrière, j’ai fait le cours, qui était génial, et… non pour la première grossesse, et j’ai rencontré des super copines qui sont toujours des amies. Donc, surtout, ne vous enfermez pas, vous n’êtes pas pestiférées, vous êtes normales, vous êtes une maman, et tout va bien, sortez vos seins pour les allaiter, on s’en fout de la moralité puritaniste des… surtout en Amérique du Nord. Moi j’ai toujours allaité devant tout le monde et je n’ai jamais eu de remarque. Si vous le faites sans que vous-même, vous ayez honte, enfin honte de quoi d’ailleurs, je ne sais pas, sans que vous-même, vous soyez gênées, les gens, ils s’en foutent, ils passent à côté, ça va. Puis en plus, notamment en Amérique du Nord, je ne sais pas pour les autres pays, il y a beaucoup d’endroits, notamment dans les centres commerciaux, où ils ont crée des petites pièces exprès avec le siège à bascule pour que vous allaitiez tranquillement.

Confortablement.

Voilà, vous avez aussi besoin d’intimité un peu, c’est un moment important l’allaitement. Et pareil, si vous voulez pas allaiter, parce qu’en Amérique du Nord, ils sont devenus dingues avec ça, ne le faites pas, ce n’est pas grave. Enfin si, c’est pas grave… c’est bien de le faire parce que c’est bon pour le bébé, mais si vous n’y arrivez pas, si c’est trop dur, il faut arrêter de se mettre de la pression parce que c’est la pression qui vous déprime.
Voilà, c’est moi qui ai fait ma petite séance de coach.

Voilàààà.

Merci Marjorie.

Et ben de rien.

Je pense qu’on va s’arrêter pour aujourd’hui. Merci pour tout ce partage et puis je vous dis à bientôt.

A bientôt.

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