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Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de quelque chose qui m’est arrivé pendant mes vacances et qui concerne mes enfants. Quelque chose qui m’a fait me poser des questions auxquelles je n’avais pas forcément pensé avant.

 

Un voyage de 2 000 km.

 

Nous habitons dans le nord de l’Ecosse et l’été, nous prenons notre voiture pour voyager jusque dans le sud de la France. Nous faisons donc 2 000 km en peu de temps. Autant vous dire que les pauses que nous faisons pour nous dégourdir les jambes ou pour manger sont non seulement très attendues, indispensables, mais limitées en temps. Nous ne pouvons pas nous permettre de passer plusieurs heures à un endroit si nous avons réservé un shuttle pour traverser la Manche par exemple, même en ayant prévu du temps supplémentaire au cas où. Nous devons donc ne pas trop nous attarder lors des pauses.

Ce jour-là, nous nous arrêtons pour manger dans un restaurant. Approche l’heure du départ, je me dis qu’il faudrait que j’en profite pour aller changer la couche de mon petit dernier de 29 mois, nous avons encore pas mal de route à faire.

Un peu plus tôt, en allant me laver les mains aux toilettes, j’avais constaté que le matelas à langer était installé juste à côté des lavabos. « Ok, c’est donc là que l’on peut changer la couche des bébés » me suis-je dit. Je ne me suis pas fait d’autre réflexion. J’étais simplement contente de savoir qu’il y avait un matelas à langer à cet endroit-là.
J’arrive donc dans les toilettes (mixtes), j’installe mon fils sur le matelas à langer (enfin, une fois qu’il a été décidé parce que c’est tellement rigolo d’aller explorer les toilettes, surtout quand le grand frère nous accompagne, « Tiens, une porte ! Il y a quoi derrière ? Oh des WC !! »). Un peu machinalement, peut-être même perdue dans mes pensées, je ne sais plus, je lui enlève ses chaussures, son short puis je commence à défaire les scratchs de sa couche. Là, je ne sais pourquoi, je réalise que tout de même, il y a un certain va et vient dans ces toilettes. Des personnes entrent et sortent de la pièce, des personnes entrent et sortent des WC, viennent se laver les mains juste à côté de moi et par conséquent de mon fils. D’ailleurs, certaines personnes le regardent et lui sourient ou lui parlent. Rien de mal à tout cela me direz-vous, c’est même plutôt sympathique. Regarder un jeune enfant avec ses yeux bleus rieurs pendant qu’on se lave les mains, le voir nous sourire, moi en tout cas, si j’étais à leur place, je passerais un bon moment.
En fait, en regardant ces personnes aller et venir, en les regardant sourire parfois à mon enfant, j’ai réalisé que j’allais le dénuder devant de parfaits inconnus. J’allais donc exposer ses parties génitales devant tout le monde. Bon… ce n’est peut-être pas très grave, en tout cas moi, sur le moment, je n’ai pas eu envie de le faire. J’ai donc préféré attendre. Attendre que les gens finissent de se laver les mains. J’attends… j’attends… visiblement c’est la fin du repas pour beaucoup de personnes, elles viennent faire un tour aux toilettes avant de partir. 1 personne, 2, 3, 4 personnes. C’est un peu long. J’attends toujours, malgré tout, je commence à m’impatienter un peu. Je me demande s’il va y avoir encore beaucoup de monde. Je sais que mon mari nous attend. J’imagine qu’il doit se demander ce qu’il se passe.

J’ai de la chance, les enfants restent calmes. Ils auraient pu s’impatienter eux aussi.

Je regarde défiler les gens, songeant à l’heure qui tourne, aux kilomètres qui nous attendent encore avant d’arriver à destination. Et si je la changeais cette couche ? Après tout, cela peut se faire très rapidement.

Au final, je serais restée un bon quart d’heure dans cette pièce pour un changement de couche qui m’aura pris moins de 5 minutes. Nous pouvons reprendre la route.

 

Une situation qui se répète ?

 

Quelque temps plus tard : voilà plusieurs jours que nous profitons de temps de repos en famille. Ce lundi-là, nous avons prévu d’aller voir des animaux dans une réserve africaine. Mon fils de 29 mois adore les éléphants, j’ai envie de pouvoir lui en montrer ailleurs que dans des livres et mon aîné de presque 5 ans a des étoiles dans les yeux quand je lui dis qu’il va voir des girafes et des lions.
(Petit aparté : au final, il n’y a plus d’éléphants dans cette réserve et j’avoue qu’avec mes yeux d’adulte, je me suis demandée si vraiment, ces animaux étaient heureux avec l’espace qu’ils avaient, car même s’ils en avaient beaucoup, j’imagine que ce n’est rien comparé à leur lieu de vie originel).
Arrive le moment où mon fils aîné veut aller aux toilettes. Il fait très chaud (plus de 35°C à l’ombre), la queue pour aller aux toilettes n’est pas interminable mais présente. Je m’aperçois qu’il y a un espace pour les enfants avec un matelas à langer, un lavabo à côté, mais également un WC et un lavabo adaptés à leur taille. Je réalise également que la porte pour y accéder est vitrée.
C’est donc un sentiment particulier de se sentir en joie de ne pas avoir à faire la queue, de constater la présence de matériel adapté aux jeunes enfants et de ressentir en même temps la déception de voir cette porte vitrée qui permet à tout un chacun de voir ce qui se passe dans cette pièce.

 

Deux lieux différents, deux expériences similaires.

 

Le non-droit au respect de l’intimité de l’enfant, quel que soit son âge, qu’il ait quelques jours, mois ou années.
Peut-être que je réfléchis trop, peut-être que je vois le mal là où il n’y en a pas. Qui sait ?

D’aucuns diront que les bébés ou les petits enfants ne sont pas pudiques, que ce n’est pas très grave. Mais nous, en tant qu’adultes, adultes responsables de ces petits enfants, ne nous devons-nous pas de faire attention à eux, pour eux ? C’est vrai que les bébés n’ont pas forcément la parole pour exprimer les choses, c’est également vrai que les jeunes enfants ne se préoccupent pas vraiment de ces choses-là, mais notre rôle n’est-il pas d’être vigilants ?

Si je me mets à leur place, est-ce que j’aimerais aller aux toilettes avec une porte vitrée ? Évidemment que non ! Vous me direz qu’en tant qu’adulte, j’ai une certaine pudeur, que j’ai conscience du regard des autres. Soit.

Je prends un autre exemple, plus parlant peut-être : une personne âgée atteinte d’une maladie d’Alzheimer à un stade avancé, qui a des troubles de mémoire importants et qui, a priori, n’a pas conscience de ce qui l’entoure. L’exposeriez-vous au regard des autres de la même façon qu’un bébé ou qu’un jeune enfant ? Si elle est continente, mais a besoin d’aide pour se déplacer, l’accompagneriez-vous dans des WC à la porte vitrée alors qu’une dizaine de personnes peut la regarder ?
Si elle est incontinente, lui changeriez-vous sa protection à côté de personnes qui sortent des toilettes et viennent se laver les mains ?
La réponse est non, vous ne le feriez pas. J’ai travaillé de nombreuses années auprès de ces personnes, le maximum est fait pour respecter leur intimité, car même si ce sont des personnes qui ne semblent plus être avec nous, ce sont des humains, nous nous devons de les respecter.

 

Je me pose alors cette question : quelle place ont nos bébés, nos enfants dans cette société ? Comment peut-on proposer aujourd’hui en France, un matelas à langer dans un espace non réservé, mais où les adultes peuvent, eux, s’enfermer dans des toilettes à peine un mètre à côté d’eux ?

Comment des toilettes pour enfants peuvent-ils avoir une porte vitrée ? C’est vrai que c’est pratique pour le parent, il peut avoir son enfant sous les yeux tout en lui laissant son autonomie, mais toutes les personnes présentes profitent de voir combien cet enfant est autonome.

 

On nous rabâche pourtant de ne pas faire circuler sur Internet des photos de nos enfants, encore plus s’ils sont nus bien évidemment. En revanche, observer des enfants qui nous sont parfaitement inconnus pendant qu’on leur change la couche ou qu’ils font pipi, visiblement, cela ne pose aucun problème.