Carine Flutte

Psychologue clinicienne, j’accompagne les (futurs) parents sur le chemin de la confiance en soi.

Envie d’en apprendre davantage à mon sujet ? Voici une partie de mon histoire

 

Après m’être mariée, je suis assez rapidement enceinte. A 3 mois de grossesse, j’ai déménagé et fait 2 000 km en voiture pour aller vivre dans le nord de l’Ecosse.

Entre la découverte du pays, la langue anglaise et le suivi de grossesse, différent du suivi français, je me suis rapidement sentie perdue. Je ne pouvais pas poser toutes les questions qui me venaient à l’esprit, je trouvais que le suivi n’était pas assez sérieux, je n’arrivais pas à leur faire confiance et de fait, je ne parvenais pas à me faire confiance.

 

Le temps passe et approche la date prévue d’accouchement (dpa), mais bébé semble être bien au chaud et préfère rester dans mon ventre. Le personnel soignant me propose des alternatives au déclenchement, je ne saisis pas toujours vraiment ce que c’est et ce que ça peut apporter, mais je finis par accepter, mais cela n’aura pas l’effet escompté. Treize jours après la dpa écossaise (qui est plus tôt que la dpa française), j’ai rdv pour un déclenchement. J’espère que bébé va arriver avant, que je n’aurais pas à être déclenchée. J’ai vraiment très peur, je sais que la douleur peut être beaucoup plus importante en cas de déclenchement. J’ai essayé de me préparer à ne pas avoir de péridurale. J’ai lu un livre sur les différentes positions à adopter lors du travail, celles qui me permettront de supporter la douleur. J’ai également acheté une machine qui envoie des impulsions électriques pour soulager les douleurs des contractions. En fait, j’ai vraiment peur de ne pas supporter la douleur, moi qui suis si douillette. C’est donc la mort dans l’âme que je vais à ce rendez-vous.

Finalement bonne nouvelle, je n’ai pas besoin d’être déclenchée, j’ai droit à un (autre) décollement des membranes, et je peux rentrer chez moi. Nous revenons au cours de la nuit. Je m’attends à avoir la chambre avec piscine, comme je l’ai demandée, mais à l’auscultation, j’ai perdu les eaux et il y a du méconium. Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe, mais je dois d’urgence changer de service, je dois aller dans une unité plus médicalisée. Le coeur du bébé ne va pas bien, on lui fait des prises de sang sur la tête toutes les heures pour vérifier son taux d’oxygénation. J’ai tellement mal que j’accepte la péridurale, mais très rapidement, j’ai l’impression que je vais mourir. Je n’entends quasiment plus rien, je vois des étoiles, je ne peux plus bouger, plus parler… l’arrêt de la péridurale me permettra de revenir à moi, après des minutes, peut-être des secondes en fait, qui m’ont semblé une éternité.

La naissance est difficile, il faut utiliser les forceps. Bébé est né, il est posé sur mon ventre, il est tout bleu, j’ai à peine le temps de réaliser qu’on me l’a déjà repris pour aller le réanimer. Je ne pourrais finalement le prendre dans mes bras que plusieurs heures après, en réa néo-nat. Entre-temps, je suis tellement épuisée que je ne parviens pas à m’inquiéter pour mon bébé et je culpabilise de ne pas réussir à m’inquiéter.

 

Je veux l’allaiter, mais là encore, je rencontre beaucoup de difficultés. Je ne reçois pas l’aide dont j’ai besoin, les soignants semblent faire le contraire de ce qu’il faut pour que l’allaitement puisse se mettre en place. Mon nouveau-né est taxé de paresseux, car il ne veut pas prendre le sein. Mais je suis persévérante, je veux allaiter, peu importent les difficultés rencontrées. Il faudra attendre quasiment une semaine pour que l’allaitement commence à se mettre en place, grâce à une sage-femme qui s’est montrée douce, patiente et à l’écoute. Nous pouvons ainsi rentrer chez nous. Les journées sont difficiles, bébé pleure vraiment beaucoup. On me dit que c’est normal, qu’il ne faut pas m’inquiéter et le laisser pleurer, mais je n’y arrive pas, c’est au-dessus de mes forces, ses pleurs me déchirent le coeur. A force de chercher de l’aide, on lui diagnostiquera un reflux gastro-oesophagien (rgo) et en poussant plus loin encore, des allergies alimentaires, mais il a fallu être persévérant et trouver les personnes qui acceptent d’être à notre écoute, qui cherche des causes à ces pleurs incessants.

 

Il nous aura fallu de nombreux mois, mais nous y serons arrivés, et bébé va beaucoup mieux, ne pleure quasiment plus, dort beaucoup mieux.

Les mois passent, mon bébé grandit et moi aussi dans mon rôle de mère. Les pleurs et les cris sont présents parfois, souvent. Je continue à écouter ce que je ressens et je lis, je me renseigne. Je découvre ainsi le maternage proximal, l’éducation bienveillante, la communication non-violente.

 

Vient l’envie d’un second bébé, après des fausses-couches et une interruption médicale de grossesse, bébé se loge finalement pour 9 mois dans mon ventre. Ma décision est prise, je ne veux pas revivre ce que j’ai vécu lors de mon premier accouchement. Je sens que c’est plus sécuritaire d’accoucher chez moi, je décide donc de me faire accompagner. Au final, j’ai bien fait de me faire confiance, d’écouter mon instinct. Quel bonheur d’avoir pu donner naissance à mon second enfant au creux de mon foyer, de son foyer.